Le pachinko et les jeux de gacha pour détourner l’illégalité des jeux d’argent

Pachinko
Source: flickr.com

Selon le chapitre 23 du Code pénal japonais, les jeux d’argent sont interdits au Japon, et ce, depuis 1907. Le Japon fait partie, avec la Chine, des pays les plus fermes en matière de jeux d’argent et de paris. Cela concerne la roulette, le blackjack, le poker ou encore les machines à sous : bref, tous les jeux qui permettent de gagner de l’argent que ce soit par la stratégie ou par le hasard. Seuls certains paris sportifs sont autorisés sous forme de courses, ainsi que certaines loteries. Le but pour le gouvernement est d’éviter l’addiction et les conséquences humaines et financières qui peuvent en découler. Ainsi, les joueurs pris en flagrant délit sont passibles d’une sanction de plus de 6000 dollars canadiens, et jusqu’à trois ans de prison en cas de récidive. Mais certains jeux, qui peuvent dériver vers des activités illégales, sont autorisés.

Le pachinko

Malgré l’interdiction des jeux de hasard et d’argent, il existe toutefois certains jeux qui permettent aux Japonais de se divertir, et le pachinko fait partie des plus populaires. Ce jeu est un mélange entre une machine à sous et un flipper, mais qui ne donne normalement pas l’occasion de gagner de l’argent. Le pachinko, dérivé du flipper, a été inventé à Chicago dans les années 20. Il a été importé à Osaka par la suite. Initialement inventé pour les enfants, le pachinko a permis d’ouvrir des salles de jeux pour les adultes. À l’heure actuelle, malgré un recul des joueurs durant les trois dernières décennies, le jeu est toujours aussi populaire avec plus de 10 000 salles au Japon, et un chiffre d’affaires estimé à plus de 20 000 milliards de yens.

Qu’est-ce que le pachinko ?

Le pachinko se joue avec plusieurs billes de métal, comme le flipper, que le joueur achète au préalable. Comme pour le flipper, le joueur lance une bille sur la surface verticale. La bille évolue sur la surface et doit tomber dans l’un des trous afin de déclencher un type de machine à sous. À l’instar de ce jeu, si trois symboles apparaissent, la machine relâche de nouvelles billes. Avec celles-ci, il est possible de jouer à nouveau ou de les échanger contre des cadeaux tels que des peluches ou des figurines. Bien que ce jeu semble innocent, les Japonais ont vite trouvé un moyen de détourner la loi afin de remporter le jackpot.

Comment le pachinko est-il détourné ?

L’échange de billes contre des jeux et peluches rappelle les jeux de fêtes foraines que l’on connaît. Cependant, ce sont principalement des adultes qui jouent au pachinko. Et l’on se doute bien qu’ils ne collectent pas uniquement des jouets, mais qu’il y a aussi de l’argent à la clef. Si dans les salles de pachinko, il est possible d’échanger ses billes contre des peluches, non loin de ces centres se trouvent des stands clandestins où l’échange se fait contre de l’argent. Jadis, c’était les yakuzas qui s’en occupaient. Désormais, ils se font rares, et paradoxalement, ce sont de plus en plus des policiers à la retraite qui gèrent ce marché noir.

Tokyo Urban
Source: studin.se

Les jeux de gacha

Les jeux de gacha sont différents du pachinko : il s’agit de jeux « free to play », c’est à dire gratuits, qui s’installent en général sur les smartphones, les tablettes ou les ordinateurs. Ces jeux se jouent sur de courtes sessions grâce à une barre d’énergie ou à de l’argent virtuel, nécessaire à chaque action et qui se décharge rapidement. Ainsi, après deux ou trois actions, il faut généralement attendre une ou deux heures le temps du rechargement, afin de continuer à jouer. Avec un peu de patience, il est ossible d’évoluer dans le jeu, mais il existe toujours une boutique pour racheter de la monnaie virtuelle, du temps, ou des accessoires, qui permettront d’avancer plus vite.

L’inspiration : les Gachapons

Pourquoi ces jeux s’appellent-ils les jeux de gacha ? Tout simplement parce qu’ils s’inspirent des Gachapons, ces petits distributeurs qui renferment des cartes, des jeux ou des figurines. Il faut y insérer une pièce de monnaie et tourner une manivelle pour que la boîte délivre un objet. C’est le hasard qui fait les choses : on tourne la manivelle sans savoir ce qui en sortira, et si l’objet désiré ne sort pas, on recommence parfois sans cesse afin de pouvoir compléter sa collection d’objets rares. En proposant des objets à collecter ou permettant au joueur d’avancer dans le jeu contre de faibles sommes d’argent, les jeux de gacha s’inspirent clairement des Gachapons : si le joueur ne tombe pas sur l’objet qu’il désire, il y a de grandes chances qu’il paye à nouveau pour tenter de gagner.

Un jeu adoré par les enfants

Le fait que ces jeux soient gratuits et facilement accessibles est une porte ouverte au divertissement des enfants. Les jeunes, en quête de divertissement, ont généralement tous des tablettes, des smartphones, ou bien accès à un ordinateur. Aussi il n’est pas rare que des enfants, impatients, achètent des objets supplémentaires, ce qui a pour conséquence d’augmenter la facture de téléphone ou d’internet de leurs parents. L’accessibilité aux jeux et aux facilités de paiement concernant les enfants fait de plus en plus de polémique au Japon, mais aussi ailleurs dans le monde. Il n’est pas rare d’entendre parler de sommes importantes dépensées par les mineurs sur des jeux de gacha. Un jeune joueur belge a récemment dépensé 37 000 euros, soit plus de 55 500 dollars canadiens, dans le jeu Game of War : Fire Age. Les jeux de gacha comportent clairement des risques d’addicition.

L’interdiction mène au marché noir

Le Pachinko et les jeux de gacha sont addictifs et peuvent vite mener les joueurs à des difficultés si les dépenses ne sont pas limitées. L’interdiction des jeux d’argent au Japon provoque l’établissement d’un système parallèle et d’un marché noir : la population ne manque pas d’imagination pour détourner l’interdiction, et ainsi pouvoir jouer de la façon désirée. Interdire les jeux d’argent ne semble donc pas être une solution pour décourager la population. L’addiction se retrouve dans des jeux autorisés, comme les jeux de gacha, ou dans des jeux légaux, mais détournés, comme le pachinko.